Franc suisse

Envol du franc suisse : la mauvaise nouvelle pour l'horlogerie suisse

par Guillaume V - 17/01/2015

A quelques jours du SIHH 2015, une mauvaise nouvelle vient de tomber. Il s'agit de la suppression par la Banque Nationale Suisse du "taux plancher" (1 euro pour 1,20 franc suisse) qui permettait de limiter la valeur du franc suisse face à l'euro.

Les conséquences de cette décision sont plus plutôt "brutales" : en quelques heures, La valeur du franc suisse en euro a bondi de plus de 20%. Une bonne nouvelle - à court terme - pour les frontaliers mais une vraie source d'inquiètude pour les entreprises suisses... et notamment les entreprises horlogères.

En effet, la Suisse exportant 60% de sa production vers l'Europe, si les prix en euros flambent, les exportations vont ralentir, mettant ainsi en péril la pérénité des entreprises et les emplois des frontaliers. CQFD.

Dans ce contexte particulier, Edouard Meylan, CEO de H. Moser & Cie, a tenu à exprimer, non sans humour, son mécontentement et son inquiétude dans une lettre ouverte à Thomas Jordan, président de la Banque Nationale Suisse.

Voici cette lettre que nous vous proposons de découvrir

 

Neuhausen am Rheinfall, le 15 janvier 2015

Cher Monsieur le Président,

Je tenais à vous remercier personnellement et publiquement de votre décision d’abolir le cours plancher de 1,20 franc suisse pour 1 euro.

Ce matin, quand je me suis réveillé, j’étais en proie à un sentiment étrange. Alors que je prenais connaissance des nouvelles, je me demandais « que vais-je bien pouvoir faire aujourd’hui ? », à côté bien évidemment de nos tâches habituelles en ce mois de janvier. Il n’y avait pas d’annonce de nouveau conflit, aucune grosse actualité à propos de la baisse des marchés émergents, ni, fort heureusement, de nouvelle attaque terroriste.

Je suis un entrepreneur et dirige une petite manufacture horlogère appelée H. Moser & Cie., basée dans le canton de Schaffhouse. Chez H. Moser & Cie., notre signature est « Very rare ». « Very rare » parce que nous produisons 1’000 montres par année, parce que nous sommes des entrepreneurs au sein d’un groupe indépendant et familial qui emploie 55 personnes, et parce que nous sommes une manufacture dans le véritable sens du terme, concevant et produisant entièrement nos montres ingénieuses.

En tant qu’entrepreneur dans une petite compagnie suisse, j’aime les défis. Qu’ils soient générés par la pression exercée par les grands groupes de luxe en matière d’approvisionnement ou de distribution, ou encore liés à la bataille quotidienne que nous livrons pour faire plus avec de petits budgets face à l’avalanche de publicité et de grand marketing. Et bien aujourd’hui, Monsieur le Président, votre décision spectaculaire a encore rendu les choses plus complexes : en effet, 95% de notre production est vendue à l’étranger et à des clients autour du monde – hors de Suisse. Je profite d’ailleurs pour mentionner, de manière concrète et transparente, que les premiers détaillants ont annulé leurs commandes suite à votre annonce.

Ainsi, ce matin, à 10h38, quand mon directeur financier m’a envoyé un email intitulé « Breaking News », j’ai pensé : « Enfin quelque chose à faire ! ». Quelque chose qui va me forcer à trouver des solutions pour poursuivre notre croissance, améliorer notre rentabilité et assurer la pérennité de H. Moser & Cie., garantissant le travail de mes 55 collaborateurs.

En fait, une pensée m’a traversé l’esprit : pourquoi ne pas tout simplement déménager à 2 kilomètres, en Allemagne, et continuer notre activité dans l’Union européenne ? Je ferais même d’une pierre deux coups puisque cela me permettrait de résoudre cet autre défi qui attend l’économie suisse à partir du mois de février, avec la diminution des permis de travail délivrés aux résidents de l’Union européenne – j’ai omis de préciser que 20% environ de mes employés sont allemands.

Alors laissez-moi vous faire un appel clair au nom de toutes les entreprises de petite et moyenne taille qui emploient de si nombreux collaborateurs suisses : je suis convaincu que vous avez un plan qui va nous aider à traverser tout ça sur le long terme. Parce que, si tel n’est pas le cas, comme beaucoup d’autres merveilleuses créations suisses, les montres H. Moser risquent de devenir vraiment très très rares…

Cordialement,

Edouard Meylan
CEO de H. Moser & Cie.